Yvan Saule
4 min read

Pourquoi l’engineering ?

Pourquoi l’engineering ?

English version

Il est incontestable que le COVID-19 a été l’agent principal de transformation digitale des entreprises. Les habitudes de travail, la proximité sociale, et jusqu’aux mécaniques de supply chain ont été modifiées. Pour un certain nombre d’entreprises, cet événement sera fatal tant elles seront mises en défaut dans leurs processus usuels et leurs business modèles. Il sera vraisemblablement la cause de la chute d’un Alinéa, Naf Naf, ou même J.C. Penney qui privés de leurs clients en magasin et de leur cash flow finiront en redressement judiciaire ou faillite1. A l’opposé, Décathlon face aux mêmes challenges, a réussi à améliorer son image2 et à créer une nouvelle source de revenus3 , qui si elle ne compensera pas les pertes liées à la crise, lui permettra de la traverser mieux que ces concurrents. Cette crise, bien que surprenante par son ampleur et sa rapidité, n’en reste pas moins un phénomène parmi d’autres dans un “VUCA world” en constante évolution4.

Le changement est constant

Pour ceux d’entre nous, qui, depuis ces 5 dernières années, s’intéressent de près à la révolution numérique, il s’agit d’un autre exemple frappant de «disruption digitale à grande échelle». Il est clair que nous vivons à une époque sans précédent tant pas la magnitude que la fréquence des changements portés par le digital. Pour paraphraser Jason Goldberg, il n’y a pas si longtemps nous interdisions à nos enfants de parler et de monter dans la voiture d’inconnus. Aujourd’hui, nos enfants utilisent des VTC pour se déplacer sans que nous n’y voyons rien à redire… Pour ma part, j’opère au quotidien dans un environnement où le paysage technologique — motivé par les bouleversements, la croissance et la concurrence — évolue à une vitesse a peine croyable :

  • Les organisations disposant de plateformes de marketing et de commerce à grande échelle se réinventent en tant que start-up technologiques permettant la transformation numérique, l’innovation et l’agilité des entreprises.
  • Être « scalable », pour le Digital, a une nouvelle définition; les plateformes sont censées contenir et traiter des péta-octets d’informations avec grâce et résilience.
  • Ce qui était jadis considéré comme un domaine d’intérêt universitaire (comme la data science, le machine learning, ou bien l’intelligence artificielle) est devenu un axe de différenciation fort des entreprises.
  • Le développement logiciel touche tous les domaines : Il y a plus de 100 millions de dépôts de code source GitHub (dont au moins 28 millions publics). Ce nombre a doublé ces deux dernières années. L’innovation, et non les économies de coûts, est le moteur de cette croissance exponentielle de l’open source. A ce jour, 31 millions de développeurs utilisent GitHub5.
  • Le nombre de langages et de paradigmes de programmation a proliféré au cours des cinq dernières années et Java n’est plus le seul langage de choix pour toutes les solutions : Scala, kotlin, Groovy, Ruby, Python, NodeJS, la programmation réactive, etc, sont là pour durer et acquérir une part de marché significative dans l’industrie.
  • La programmation orientée objet qui régnait sans partage sur les approches de conception se voit « bousculée » par la programmation fonctionnelle.

Bien que ces tendances technologiques soient réelles et durables, elles indiquent des impératifs plus importants en ce qui concerne les besoins et les mécanismes de la transformation technique:

  • Chaque perturbation est synonyme d’opportunités et de menaces. Et le fossé entre les opportunités et les capacités à les exploiter s’élargit de jour en jour. Nous aurions dû commencer hier … C’est d’ailleurs ce que Jeff Bezos, 22 ans après le lancement de son entreprise, décrit à ses actionnaire lorsqu’il dit “It is always Day 1” 6
  • Le succès dans le monde d’aujourd’hui ne peut pas être obtenu en « achetant » de plus en plus de technologie. Les investissements isolés dans des technologies émergentes représentent souvent une vision superficielle de l’engineering, surtout quand on l’évalue au prisme du succès du client.
  • La technologie est souvent la partie la plus facile de la transformation technique. Il ne s’agit plus des toutes nouvelles plates-formes open source, de créer des laboratoires d’incubation ou d’embaucher une douzaine de coachs agiles.
  • La transformation digitale est davantage synonyme de culture forte, de communautés dynamiques, d’un leadership inspirant et de grands talents.
  • Il existe un mythe populaire qui soutient que de telles transformations sont faciles et applicables uniquement aux startups, pas aux grandes entreprises et aux écosystèmes. Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft7 ) sont des entreprises plus grandes que toutes celles du CAC40 et, malgré leur complexité et leur portée mondiale, elles ont toutes menée de nombreuses transformations commerciales, techniques et culturelles avec succès.

Un besoin de réinventer notre métier

Il nous faut donc reconnaître que le changement, qui est avant tout culturel, induit une évolution des modèles mentaux :

  • Observer plutôt que supposer8
  • Créer plutôt qu’étudier
  • Faire plutôt que décrire
  • Travailler avec autrui plutôt que pour autrui
  • Essayer des choses nouvelles plutôt que les recettes du passé

Ces impératifs fondamentaux conduisent nécessairement à reconsidérer la technologie au sein des organisations. De même que nous avons évolué de la notion de projet vers celle de produit, Il est urgent d’arrêter de parler de département IT ou technologie pour mieux apprécier les enjeux de la transformation digitale et adopter l’approche plus holistique de l’engineering.

L’engineering moderne repose sur 7 convictions fondamentales :

  • Le « Code-As-Craft » est un avantage concurrentiel.
  • L’automatisation est un citoyen de première classe.
  • La qualité doit être sans compromis.
  • La pensée polyglotte (plates-formes, langues, framework) doit être encouragée.
  • Les nouvelles façons de travailler doivent être diffusées et promues pour adopter une démarche « Produit ».
  • Devenir un acteur fort dans l’économie de partage de connaissance
  • L’intelligence collective dépassera toujours l’intelligence individuelle toute experte soit elle.

[1] - https://www.lsa-conso.fr/alinea-et-naf-naf-en-redressement-judiciaire,349509

[2] https://www.sudouest.fr/2020/03/31/coronavirus-decathlon-retire-ses-masques-de-la-vente-pour-en-faire -don-aux-soignants-7375298–10980.php

[3] https://siecledigital.fr/2020/05/27/decathlon-lance-son-premier-service-de-location-de-velo-a-paris-et- a-lyon

[4] https://hbr.org/2014/01/what-vuca-really-means-for-you

[5] https://venturebeat.com/2018/11/08/github-passes-100-million-repositories/

[6] https://blog.aboutamazon.com/company-news/2016-letter-to-shareholders — “Day 2 is stasis. Followed by irrelevance. Followed by excruciating, painful decline. Followed by death. And that is why it is always Day 1.”

[7] Hit Refresh: The Quest to Rediscover Microsoft’s Soul and Imagine a Better Future for Everyone — Satya Nadella — ISBN-13 : 978–1538454657

[8] Des Machines, des plateformes et des foules — Andrew MacAffee — ISBN-13: 978–2738143228